
Pour la première fois depuis des décennies, mon poste de télévision restera fermé au moment du défilé de nos armées sur les Champs-Elysées en ce 14 juillet.
Je ne peux me rendre complice de cette ignoble instrumentalisation d’un moment traditionnel de cohésion nationale que Macron a imposé en faisant de ce défilé le symbole du réarmement de l’Europe et du soutien inconditionnel à l’Ukraine.
On entend de plus en plus dans les commentaires politiques que pour comprendre la politique de Macron il ne faut pas penser qu’il fait des erreurs mais plutôt qu’il agit volontairement en travaillant résolument à la destruction de la France en tant que nation.
Sa politique d’ouverture des frontières à l’immigration, son bradage des entreprises françaises à l’étranger, et même sa politique énergétique suicidaire, tout s’explique quand on sait que l’Europe, voire le monde, intéresse Macron mais plus du tout la France.
Pour en revenir à ce défilé détourné de sa fonction symbolique première, il m’est impossible de voir ces soldats de « la coalition des volontaires » que Macron voit comme l’esquisse de la future « armée européenne » qu’il appelle de ses voeux, fouler le pavé parisien.

Je souhaite partager l’excellente chronique de Xenia Fedorova parue dans le dernier JDNews.
Certes, cette journaliste fondatrice de RT France est russe et défend le point de vue de la Russie, et à ce titre, elle vient d’être condamnée par le Parlement européen.
Après la fermeture illégale de la chaine RT France, dès le début du conflit ukrainien, l’UE veut maintenant faire taire pratiquement la seule voix « pro-russe » qui s’exprime en France.
Notre démocratie n’est-elle pas capable d’entendre et éventuellement de contester, d’argumenter contre la parole de cette femme ? Mais l’Europe ne sait que faire taire ses opposants.
Voici donc la chronique de Xena Fedorova :
Quand la fête nationale devient un message de guerre
Le 14-Juillet est l’un des rares moments où la France se regarde et où elle est encore vue par le monde comme une nation souveraine. Ce n’est pas seulement une parade militaire, ni une cérémonie protocolaire. C’est un langage politique. Ce jour-là, chaque uniforme, chaque drapeau, chaque avion dans le ciel de Paris dit quelque chose de la France, de son histoire et de la manière dont elle se projette dans le monde. Or, cette année, Emmanuel Macron
a choisi d’en faire aussi un symbole politique tourné vers l’Ukraine, dans le cadre d’un défilé placé sous le signe du « réveil stratégique de l’Europe ».
Ce choix n’est pas neutre. Il revient à faire entrer, au cœur de la fête nationale française, un pays en guerre contre la Russie, alors que la France n’est officiellement pas cobelligérante. C’est précisément ce qui choque une partie du monde militaire, notamment d’anciens officiers qui voient dans cette décision une confusion dangereuse entre hommage national et alignement stratégique.
La France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, héritière d’une diplomatie d’équilibre, devrait être celle qui cherche les voies de sortie. Elle devient trop souvent celle qui surenchérit dans les symboles. Comme l’écrit le général Henri Roure:
Il est donc grand temps que la France retrouve la raison. Elle est traditionnellement puissance d’équilibre. Pour cela, dans sa trajectoire historique normale, elle est écoutée et estimée.
Depuis février 2022, Paris a progressivement glissé d’un soutien politique et militaire à Kiev vers une identification presque totale à la cause ukrainienne. Les armes, les formations, les financements, les sommets européens et les déclarations martiales se sont succédé. Mais jamais les Français n’ont été clairement consultés sur la limite exacte de cet engagement. La cause ukrainienne a été placée au-dessus du débat. Toute nuance est devenue suspecte, toute interrogation assimilée à une trahison.
Pourtant, l’Ukraine n’est pas un objet politique pur. Elle porte ses fractures, ses oligarques, sa corruption, ses dérives nationalistes, ses ambiguités mémorielles, notamment autour de figures qui continuent de blesser les mémoires polonaise et juive. Refuser de voir ces réalités ne les efface pas. Les faire entrer dans l’imaginaire du 14-Juillet les rend plus problématiques encore. Car une cérémonie militaire n’est pas un commentaire d’actualité. Elle fabrique de la mémoire. Elle habitue les esprits. Elle transforme peu à peu une option politique en évidence nationale.
Le problème n’est pas d’éprouver de la compassion pour les Ukrainiens. Il est d’utiliser la fête nationale française pour normaliser l’idée que la France serait désormais liée, symboliquement et stratégiquement, au destin militaire de Kiev.
En choisissant d’y placer l’Ukraine, Emmanuel Macron transforme un moment d’unité nationale en message géopolitique. Il ne commémore plus seulement la France, il affiche un alignement.
Or le 14-Juillet n’est pas une cérémonie européenne. Ce n’est pas une parade de l’Otan. Ce n’est pas une scène destinée à prolonger la guerre par les symboles. C’est le jour où la France montre son armée, non pour se fondre dans un bloc, mais pour rappeler qu’elle reste maîtresse de son destin.
La question est donc simple : jusqu’où veut-on entrainer la France dans cette guerre ? Si l’on veut que ce conflit devienne aussi le sien, qu’on le dise clairement aux Français. Qu’on leur demande leur avis. Mais qu’on n’utilise pas le prestige du 14-Juillet pour les habituer à l’idée que cette guerre serait déjà la leur, alors qu’une armée nationale existe d’abord pour défendre son pays et ses intérêts, non pour habiller les choix idéologiques de ses dirigeants sans consentement populaire.
Xenia Fedorova pour le JDNews.