« Tous les hommes blancs à l’arrière » : puis elle crie à l’antisémitisme.
Lors de son concert au festival Boomtown, à Gand, Sophie Straat a demandé aux « hommes blancs » de quitter les premiers rangs afin de laisser la place aux femmes, aux personnes LGBT+ et aux personnes de couleur. Unia ne retient aucune infraction, mais cette façon de répartir un public selon le sexe et la couleur de peau reste profondément contestable.
Les mots exacts, repris par plusieurs médias belges et néerlandais, sonnent sans détour : « Il n’y a jamais de temps pour la nuance. Nous sommes déjà trop tard pour la nuance. Tous les hommes blancs à l’arrière. C’est le moment pour les filles, les personnes queer, les personnes de couleur. » Une partie du public a applaudi, des spectatrices se sont avancées. D’autres ont trouvé ça indécent. Résultat : près de 200 signalements ont atterri chez Unia.
Ce n’est pas un coup d’essai. Quelques semaines plus tôt, au festival Best Kept Secret aux Pays-Bas, elle avait déjà sorti la même phrase. Là-bas, Discriminatie.nl avait reçu des centaines de plaintes et le parquet de West-Brabant avait ouvert une enquête. Sophie Straat, de son vrai nom Sophie Schwartz, a raconté sur Instagram avoir reçu des messages haineux, sexistes, antisémites et des menaces de mort. Elle a grandi dans un foyer juif à Amsterdam, a fréquenté une école juive le dimanche et a souvent parlé de son identité juive en public. Ça rend le geste encore plus curieux : quelqu’un qui connaît la discrimination de près décide de trier le public selon la couleur de peau et le sexe.
Unia a regardé les faits et a tranché. Pas d’infraction. L’organisme écrit : « Selon les informations disponibles, ces propos ont été tenus à la fin d’un concert à vocation artistique, porteur d’un message social et politique sur les inégalités. Rien n’indique que des hommes blancs aient effectivement été exclus du concert ou empêchés de participer aux activités. » Unia rappelle que la liberté d’expression protège largement les expressions artistiques et politiques, sauf s’il y a un vrai appel à la haine.
Sur le fond, l’affaire laisse un goût amer. Le paysan qui laboure son champ, l’étudiant, le maçon, le chauffeur de bus ou le serveur blanc n’ont rien demandé. Ils n’ont commis aucune faute. Pourtant, on leur demande de s’écarter parce qu’ils sont blancs et hommes. Si un artiste avait demandé aux hommes noirs ou aux musulmans de se mettre au fond, on imagine sans peine le tollé et les poursuites. Ici, Unia parle d’expression symbolique. La différence de traitement saute aux yeux.
Sophie Straat porte souvent un t-shirt « Pop stars against Nazis » et termine ses concerts en appelant à « seulement de l’amour ». Le message d’inclusion s’arrête net dès qu’il s’agit des hommes blancs. Ce genre de tri dans une foule, même présenté comme artistique, nourrit la division. On rend coupable une catégorie entière de gens qui n’ont rien fait. Et on le fait au nom de la lutte contre les inégalités. Une femme juive qui parle de discrimination et de justice, mais qui finit par demander aux hommes blancs de reculer.
Les organisateurs des Fêtes de Gand n’ont pas réagi officiellement. Le public, lui, s’est partagé entre applaudissements et stupeur. Pendant ce temps, les signalements continuent d’arriver. Unia reste sur sa position : pas de discrimination au sens de la loi. Reste la question simple que beaucoup se posent : pourquoi les hommes blancs devraient-ils accepter d’être relégués au fond sous prétexte d’art ou de politique ?
Le Média en 4-4-2
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